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Les chroniques d'Amaury, stagiaire au Belize - Ep.1

Par : Julien Chapuis, le 30 Juillet 2014 à 17:48

Capture de crocodiles : une première !

Premiers contacts

Quartier San Mateo, au nord de San Pedro. Cela fait quelques jours seulement que je suis arrivé et déjà ma première expérience de capture s’annonce : aujourd’hui trois crocodiles nous ont étés signalés à proximité d’habitations. Départ prévu ce soir avec Chris Summers qui m’encadrera tout au long de ce stage. Cette soirée sera l’occasion pour moi d’assister à ma première capture. De loin, de nuit, confronté à de jeunes individus, je ne mesure pas encore l’importance de cette expérience pour la suite de mon stage.

Nous y sommes, Chris capture un juvénile d’environ un mètre qu’il me confie avant de retourner à l’eau à la recherche d’autres individus. Impossible de suivre leurs traces dans le dédale de mangrove. Non sans regrets, nous quittons donc la zone avec cet unique spécimen. Sur la route du retour, ma première mission d’importance m’est assignée : maintenir le saurien. Rapidement, je réalise qu’il ressent le moindre relâchement, qu’il pourrait saisir toute occasion pour se libérer. L’instabilité de la route rend la tâche plus ardue, plus périlleuse. Le crocodile en profite. Après quelques minutes de trajet, il donne un coup sec sur le coté. Pour la première fois, j’expérimente la puissance du Crocodile américain (Crocodylus acutus).

Action !

Zone urbaine, au nord de San Pedro. Il est temps de faire mes preuves. Le crocodile que je dois attraper est là, quelque part, dans le bassin qui s’étend à mes pieds. Après un quart d’heure, il remonte enfin à la surface, c’est à moi de jouer !

Doucement, j’arrive à sa hauteur et le saisis. De sa tête, le crocodile parvient à toucher mon avant-bras mais rassurez-vous, pour me faciliter l’exercice la gueule du saurien est entravée par du scotch. Sans quoi, cette première tentative aurait débouché sur une sévère entaille. Chris m’explique que je dois être plus rapide et ne pas chercher à attraper la queue et la nuque dans le même temps. Toute une technique avec laquelle je dois me familiariser, rapidement !

Effectivement, les choses se compliquent. Plus nombreuses sont mes tentatives de capture plus l’animal apprend à m’échapper. Comme tous les crocodiliens, il apprend, mémorise et module son comportement avec rapidité et efficacité, rendant ma tâche toujours un peu plus difficile. Les deux mains sur son cou, je parviens finalement à l’attraper. Mon initiation ne s’arrête pas pour autant, je dois me perfectionner. Troisième essai, cette fois-ci, le jeune croco passe 45 min dissimulé dans l’eau turbide. Je patiente, à l’affût du moindre soubresaut. Anecdote de taille : en moyenne, un juvénile de cette taille passe 30 min sous l’eau, cet individu vient donc d’établir un nouveau record ! Après une ultime tentative (réussie) et observant que mon entraînement attire les nombreux passants de la route adjacente, nous décidons d’en rester là pour aujourd’hui. Quoi qu’il en soit : mission accomplie !

Le tourisme au service de la conservation

Le soir même, une sortie touristique est organisée par l’équipe d’ACES* pour relâcher le crocodile dans une lagune à distance des habitations près desquelles nous l’avions capturé. En présence des touristes, Chris parle un anglais beaucoup plus rapide qu’avec moi, je vais devoir m’accrocher pour la suite des évènements ! Nous sommes sept à bord, Chris et moi, deux couples américains et un homme du quartier venu prêter main forte.  Cet homme tient un rôle essentiel, il dirige une torche puissante qui, la nuit tombée, permet de déceler les yeux des crocodiles qui scintillent au contact du faisceau.

* American Crocodile Education Sanctuary

Ces sorties remplissent plusieurs objectifs auprès des touristes :

- les renseigner sur la biologie et l’écologie du crocodile américain ainsi que sur les différences existant avec les alligators.

- les sensibiliser à la situation critique de l’espèce sur l’île et dans le pays par le biais de différentes manipulations : capture, mesures, puçage, relâche.

Cette nuit-là, aucun croco ne sera capturé. Seules quelques mesures seront effectuées sur le jeune crocodile capturé la veille :

- longueur de la gueule (entre la ligne frontale des yeux et le bout de la gueule)

- longueur de la tête  (entre la fin du plateau crânien et le bout de la gueule)

- longueur totale

- SVLA  = Snout Vet Lenght Anterior (entre la ligne antérieure du cloaque et le bout de la gueule)

- SVLP = Snout Vet Lenght Posterior (entre la ligne postérieure du cloaque et le bout de la gueule)

Ces mesures sont cruciales pour le suivi biométrique de la population du Crocodile américain à Ambergris Caye.  En moyenne, ces animaux grandissent de 2,5 cm par mois (1 inch) et de 30 cm par an (1 foot). Des variations dans ces ratios viendraient alerter l’équipe d’ACES sur l’état de santé de la population et de son écosystème. De plus, en cas de doute sur l’espèce considérée, le rapport longueur de la gueule/longueur de la tête s’avère être un critère déterminant.

Avant de relâcher ce jeune spécimen, une dernière manipulation est nécessaire : le scanner. Au passage du dispositif, la présence d’une puce est révélée. C’est donc la deuxième fois que ce crocodile est capturé, une donnée d’importance pour le travail d’ACES.

La suite des aventures d’Amaury, stagiaire de Conserv-Action en mission au Belize pour ACES,  très prochainement !

 

 

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