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Les crocos bliziens

Par : FJ Rthor, le 18 Juin 2013 à 21:32

Retour vers les crocodiles, ces animaux fascinants auxquels nous avions récemment consacré un article. Après les crocodiles de Cozumel au Mexique, nous voici maintenant au Belize. Lieux différents, problèmes différents. Alors que le crocodile américain souffre du braconnage lié au commerce illégal de sa peau au Mexique, il se heurte à un tout autre type de difficulté au Bélize et notamment sur l’île d’Ambergris Caye.

Le problème est aussi simple qu’il est difficile à résoudre, les habitants de l’île en jetant leurs ordures directement à l’eau ou en nourrissant les crocodiles participent à l’installation progressive des sauriens à proximité de la ville et donc des maisons.

Un crocodile qui est nourri par l’homme devient dangereux pour l’homme, au même titre que tout autre grand prédateur.

Les crocodiles vivent donc au cœur de la ville de San Pedro, construite au milieu de la mangrove,puisque la nourriture y est abondante et si facile à obtenir. Et il est bien là le problème, celui de la promiscuité entre homme et crocodile.

Les constructions ne cessent de réduire la mangrove

Les plaintes abondent, les habitants de San Pedro ne supportent plus ces animaux qui les effraient et qui parfois même mangent leurs chiens. Certains tuent voire torturent ces animaux. Dans de meilleurs cas, d’autres appellent le « wildlife rescue center » pour qu’on vienne capturer ces crocodiles qui les gênent.

C’est à ce moment qu’interviennent Cherie et Vince Rose, un couple américain installé au Belize depuis plus de 15 ans, tous deux déterminés à défendre le crocoau le nom de leur association ACES (American Crocodile Education Sanctuary). Cherie nous reprécise que « cette espèce est très probablement en voie de disparition au Belize {aucune étude populationnelle n’a encore été réalisée au Belize, seules des extrapolations des données mexicaines ont été faites} et éliminer les animaux problématiques pour l’homme ne résoudra rien, au contraire, ce serait le début d’une longue série d’impacts écologiques négatifs ». Le crocodile, top-prédateur dans son écosystème, régule les populations des autres animaux de la chaine alimentaire. Aujourd’hui, sur l’île, les populations de rats et de ratons laveurs sont hors de contrôle puisque le comportement alimentaire du crocodile américain a changé.

Comment s’y prendre pour sauver le crocodile américain ?

La solution trouvée par Cherie et Vince se trouve loin d’un scénario idéal,  « on ne fait que panser temporairement les plaies » partage tristement Vince « parce qu’il faut bien que quelqu’un agisse ». Leur méthode consiste à se rendre à la rescousse de ces crocodiles qui posent problème, à les capturer et à les réintègrer dans leur habitat naturel d’origine, à plusieurs kilomètres de la ville, en espérant ne pas avoir à les recapturer. Vince nous dit qu’il aimerait que les crocodiles voient l’homme comme un mauvais présage, surtout avec l’expérience des captures. Ainsi, ils retourneraient à leur comportement d’origine, c’est-à-dire fuir tout contact avec les hommes.

Il faut vous préciser à qui les crocos ont affaire. Vince a tout du crocodile dundee. Il est grand, musclé, la clope à la bouche, le couteau à la ceinture et surtout, il n’a peur de rien. A plusieurs reprises, nous avons eu peur pour lui, littéralement pour sa vie. Nous reviendrons là-dessus plus tard. Cherie, quant à elle, mène les recherches scientifiques sur les crocodiles et est en charge de tout l’administratif d’ACES. Elle organise les sorties de comptage des crocodiles, Vince et le reste de l’équipe sont toujours au rendez-vous.

Vince et Cherie ROSE

Jour 1 à Ambergris Caye, Vince vient nous chercher pour aller ré-appâter son piège à crocodile au sud de l’île. En effet, il cherche à capturer le crocodile qui s’est confortablement installé dans les canaux à proximité d’une habitation. Deux jours plus tôt, il a mangé le chien de la maison voisine. Conscients du danger que ce crocodile peut représenter à présent qu’il associe cette maison à de la nourriture et par peur pour leurs enfants qui jouent toujours à proximité des canaux, les propriétaires ont appelé ACES. Vince nous emmène sur le site avec le moyen de transport par excellence de l’île : la voiture de golf !

Les voitures de golf, moyens de locomotion privilégiés des habitants de San Pedro

Heureusement, l’île n’est pas si grande. On mettra quand même une demi-heure à nous rendre à l’endroit du piège avec un léger mal de dos à l’arrivée, tant la route est accidentée.

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Le piège

Vince sort alors d’un sac plastique un poulet bien frais qu’il manipule comme si de rien n’était, en déchire la chair et en brise quelques os avant de le placerau fond du piège. On assiste à ce spectacle quelque peu effarés. Il a l’habitude, ça va de soi, à raison de quelques poulets par semaine depuis 15 ans !

Ok, mission accomplie. Retour à San Pedro. On se dit au lendemain en espérant que le fameux mangeur de chien sera pris au piège au réveil.

Jour 2.Debout à 7h. Cherie nous annonce qu’il n’y a pas de croco dans le piège. « Ce sera sans doute pour cette nuit, car le poulet devient généralement trop appétissant pour les crocodiles après deux jours » nous révèle Vince. Pendant la journée, le téléphone d’ACES sonnera plusieurs fois : des jeunes ont été aperçus en train de frapper un crocodile qui venait d’être capturé dans un des pièges de Vince.Vince et Cherie arriveront trop tard. Les jeunes en question se sont acharné sur l’animal, lui ont enfoncé des tubes en pvc dans la gueule et lui ont transpercé la tête avec un crochet pour le tirer et le cacher dans les buissons. C’est là, en suivant les traces de sang, que Cherie et Vince le trouveront, à l’agonie, les jeunes ayant pris la fuite à leur arrivée. « C’est intolérable d’être capable de tant de cruauté, mais c’est encore plus intolérable de savoir que personne ne punit ce genre de crime au Belize, malgré les textes de loi qui existent ». Autre coup de téléphone, autre crocodile qui pose problème. Celui-ci se trouve coincé dans une réserve d’eau sur un site de construction et il gène. Vince se chargera à lui seul de déplacer le phénomène de deux mètres.

Il est 18h45 à la nuit tombée. Nous embarquons à bord du ‘Swamp Thing’. C’est parti pour 4 heures de comptage de crocodiles dans une partie de la lagune. Un comptage comme celui-ci est effectué 3 fois par an et il permet d’évaluer la taille et la dispersion des animaux. Comment compte-t-on les crocodiles de nuit nous direz-vous ? C’est assez simple. Munis de projecteurs puissants, nous balayons la lagune, en bordure de mangrove notamment, à la recherche du reflet des yeux des crocodiles. Ils apparaissent comme deux points rouges luisants.

Le constat est triste, la quasi-intégralité de la population de crocodiles américains de San Pedro a d’ores et déjà migré vers la ville. Résultat, après 4h de comptage, nous n’avons repéré que deux crocodiles dans la lagune ! Il y en a eu un que Vince et Chris, un bénévole d’ACES qui nous accompagne, aurait bien aimé capturer pour le marquer. Mais, l’animal d’un mètre a été plus malin. Le jeu de cache-cache dans la mangrove a tenu les deux fous de croco bien éveillés. Vince n’hésita pas une seconde à sauter dans l’eau à l’approche de l’individu pour tenter de le saisir. La mangrove était trop épaisse, l’animal a réussi à échapper à l’examen complet qui l’attendait.Ainsi s’achève notre soirée.

Jour 3. 7h, on tambourine à notre porte de chambre. « On a un croco dans le piège ! » Nous vous invitons à lire l’article « Capturer un croco, pas une mince affaire. Le relâcher ? Non plus.  » dans la catégorie C-A en action pour le détail de cette capture et oui, il y aura de l’action. C’est par ici.

La suite de notre visite d’ACES a été ponctuée par les sorties de nuits, toutes assez désolantes du fait de la concentration de la quasi intégrité de la population d’Ambergris Caye dans la ville de San Pedro.

Nous conclurons notre visite d’ACES par la découverte du sanctuaire de Ladyville, sur le continent. Nous passerons une nuit sur cette ferme à crevettes où des enclos ont été construits pour des crocodiles qui ne peuvent être relâchés.

La ferme à crevettes, un habitat idéal pour les crocodiles

Dans un des enclos, 23 morelets ont été confisqués à un particulier qui les gardait illégalement depuis l’éclosion dans un petit bassin.

L'habitat à morelets

Dans les 3 autres enclos, dont un financé par la fondation Brigitte Bardot, on trouve des crocodiles américains problématiques, comme Big George, un mâle de près de 5 mètres qui était nourri quotidiennement par des habitants de San Pedro, servant ainsi d’attraction touristique.

L’animal ayant perdu son comportement naturel de prédation devenait une vraie menace pour la population. Au sanctuaire, les enclos sont naturels et Big George a retrouvé un comportement alimentaire adapté. Il mange à volonté crevettes, crabes, poissons et les oiseaux qui passent par là.

Big George

Le sanctuaire de Ladyville pourrait accueillir d’autres crocodiles problématiques à l’avenir et servir d’outil pédagogique pour les locaux et les touristes. ACES souhaite étendre leurs campagnes de sensibilisation et d’éducation pour permettre aux crocodiles de retrouver la place qui leur appartient au sein de leurs écosystèmes. L’éducation est primordiale pour que les pressions et les comportements aberrants des humains envers les crocodiles cessent. Si vous passez par le Belize, allez faire un tour en bateau avec Cherie et Vince et allez rendre visite aux crocos du sanctuaire.

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