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Inti Wara Yassi, refuge pour les animaux de Bolivie

Par : Ludmilla Terres, le 28 Février 2015 à 11:02

C’est au nord-est du Parc Amboró, au cœur de la Bolivie, que l’association Inti Wara Yassi a établi l’un de ses centres pour venir en aide à la faune sauvage : le parc Machia. Nous nous y sommes rendus avec curiosité et grand intérêt. Marta ― ex-volontaire et aujourd’hui chargée de communication pour l’association ― était là pour répondre à nos questions.

 

Avant de vous retranscrire l’entrevue menée auprès de Marta, revenons en quelques mots sur l’historique de cette organisation environnementale, pionnière en Bolivie. Inti Wara Yasi dont le nom signifie « Soleil, étoile et lune » ― en Quechua, Aymara et Chiriquano-Guarani (langues indigènes) ― fut fondée il y a 29 ans par Juan Carlos Antezana et Tania Baltazar Lugones. Ces derniers désiraient avant tout offrir une éducation alternative et environnementale aux enfants de la ville El Alto, au Nord de la Paz. Sensibilisés au respect et à la protection de l’environnement à travers des activités de jardinage et des promenades en forêt, les enfants furent touchés par les actions destructrices de l’Homme sur son environnement. Face à cette dure réalité, le premier centre de soin ― le parc Machia  ― pour les animaux victimes du trafic illégal ou de maltraitance fut créé à proximité du parc Amboró. Quelques années plus tard, deux autres centres de soins virent le jour. Il s’agit des parcs Ari ― situé au nord de Santa Cruz ― et Jacj Cuisi ― localisé au nord de la Paz. Les lignes suivantes concernent uniquement le parc Machia.

 

Marta nous explique qu’actuellement une dizaine de personnes gèrent ce centre : président, agents administratifs, chargés de communication, vétérinaires, cuisiniers et agents d’entretien. Le bon fonctionnement du centre repose également sur une équipe de volontaires, boliviens ou étrangers qui s’occupent des protégés de l’association.

 

Les pensionnaires ― plus de 200 individus au total ― comprennent 3 félins (Puma concolor), 19 primates ― notamment les singes capucins (Cebus sp.) et les singes araignées (Ateles chamek) ― des coatis (Nasua nasua), des oiseaux, des tortues, des reptiles... L’association les a recueillis pour plusieurs raisons : la perte de l’habitat, la chasse ou la capture afin d’être vendus en tant qu’animaux de compagnie ou de cirque. De plus, le centre dispose d’une clinique vétérinaire qui constitue une étape nécessaire pour les rescapés blessés ou malades. Les animaux vivent dans des enclos, à l’abri des regards pour leur tranquillité, où ils reçoivent des soins quotidiens de la part des professionnels et des volontaires.

 

Comment s’effectue le volontariat au sein du centre Machia ? Chaque volontaire choisit sa période de bénévolat, est hébergé au centre et est en charge d’un animal en particulier ou d’un groupe ― par exemple les singes capucins. Certains d’entre eux nous ont expliqué leur expérience à Machia lors d’un déjeuner végétarien et convivial au café-restaurant du centre. Ce groupe de jeunes gens de divers nationalités, parcours et statuts, est animé par une même envie : agir pour la sauvegarde de la faune sauvage. Ravis de leur expérience au parc, certains prolongent leur période de volontariat ou la renouvelle par la suite. Ils nous disent que le souvenir de cette bonne action, aussi bien pour les animaux que pour l’association, perdurera dans leurs mémoires. L’équipe compte actuellement dix volontaires. Marta nous informe que cela est trop peu et que Machia a besoin de vingt-cinq bénévoles (à bons entendeurs).

 

En outre, les lieux associatifs tels qu’Inti Wara Yassi sont souvent le berceau d’études scientifiques menées par des stagiaires et des chercheurs qui sont régulièrement ― et respectivement ― encadrés et accueillis à Machia. Les thèmes de recherche ne manquent pas : études médicales (ex. soins vétérinaires), éthologie (ex. enrichissement du territoire), écologie, gestion d’un parc animalier, communication scientifique, éducation environnementale... L’ensemble de ces connaissances permet une meilleure connaissance ― de la dispersion des graines et de la reforestation ― et une meilleure conservation des espèces animales.

Loin de l’idée de conserver les animaux dans les enclos, l’un des objectifs de l’association consite en leur remise en liberté. Six groupes de singes ― notamment les singes capucins et singes saimiri (Saimiri boliviensis) ― évoluent actuellement en semi-liberté sur les 36 hectares du parc Machia, dont une partie est accessible aux visiteurs. Marta sourit en précisant que 16 coatis, plus de 20 tortues et plusieurs oiseaux ont également été relâchés.

 

Cependant, Marta nous explique la difficulté des programmes de réintroduction dont le processus est long et délicat. Cela est d’autant plus vrai pour les singes en raison des relations sociales et hiérarchiques unissant les individus d’un groupe. De plus, les projets de réintroduction se heurtent à l’augmentation des trafics et de la destruction des habitats naturels. Enfin, nombre des animaux, imprégnés à l’homme ―  nécessitant un suivi médical ou éjointés (oiseaux dont les extrémités des ailes ont été amputées) ―  sont des pensionnaires de longue durée. Leur remise en liberté est malheureusement compromise… Ainsi, par manque d’espace et de moyens financiers, l’association n’accepte plus d’animaux. La maison de soin Machia affiche « complet » !

 

En parallèle des soins apportés à la faune sauvage, l’équipe d’Inti Wara Yassi se donne pour mission d’éduquer les boliviens au respect de l’environnement et de la faune sauvage. Par des programmes pédagogiques et des journées de sensibilisation pour tous, l’association désire encourager une prise de conscience afin d’enrayer le trafic d’animaux et de promouvoir la conservation de la biodiversité. Par les mots, les images et les activités ludiques (jeux, dessins, concours…), les membres de l’organisation expliquent aux générations futures les bonnes actions envers l’environnement pour « changer les mentalités et les mœurs par les enfants ».

Quels sont le positionnement et l’implication du gouvernement bolivien aux côtés d’Inti Wara Yassi ? La volonté politique et le soutien financier sont bien maigres. Inti Wara Yassi perdure grâce à la participation des volontaires, aux donations, aux consommations du café et à la vente de tee-shirts... La Bolivie est un pays en plein développement, dont la protection de l’environnement ne constitue pas une priorité. En Bolivie, le trafic d’animaux est illégal depuis 1992 (loi 1333). Cependant, l’absence de contrôles et de condamnations ainsi que les bénéfices procurés par ce marché encouragent ce type de pratique. Résultat : le nombre d’espèces en voie d’extinction progresse. Marta nous précise toutefois que de plus en plus de messages de sensibilisation à la protection de la riche biodiversité bolivienne apparaissent sur les écrans. Il apparaît comme essentiel d’encourager ce mouvement et de porter le message d’Inti Wara Yassi en Bolivie et à travers le monde.

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